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Marie-Hélène VERNET : Animation du GAPP : Groupe d’Analyse de la Pratique Professionnelle

Marie-Hélène VERNET est psychologue clinicienne, psychanalyste. Elle travaille en cabinet et à la Mission Sans-abri de Médecins du Monde.

 

Le DU « animation d’ateliers d’écriture » propose aux stagiaires l'analyse de leur pratique professionnelle expérimentée sur les différents lieux de stage. Cet espace de travail n’est ni un lieu de psychothérapie groupale, ni un lieu de formation à la théorie psychanalytique. Il a pour objectif d’aider le stagiaire à revisiter sa pratique professionnelle, le GAPP comme lieu de réflexions « croisées-tissées » étant le paradigme de l’atelier d’écriture. De fait, ce qui se vit en GAPP interroge directement ce qui est expérimenté sur les lieux de stage et entraîne à s’interroger sur l’éthique nécessaire à l’animation d’un atelier d’écriture.

 Ainsi, le stagiaire questionne en ce lieu sa place face au groupe qu’il anime et celle qu’il occupe au sein de ce même groupe. Ensemble nous travaillons sur l’ajustement des liens qui relient l’animateur aux  « écrivants » de l’atelier, mais aussi sur la qualité des liens qui se tissent entre les stagiaires eux-mêmes pendant le temps de formation, sans oublier ceux qui se créent avec les formateurs ; nous osons une parole sur ces mécanismes groupaux inconscients qui viennent parler ce qui nous relie les uns aux autres, ce qui nous aliène et entrave la relation.

Dans cette perspective, à tour de rôle, les stagiaires font mémoire d’une séance d’atelier. L’animateur-stagiaire s’arrête sur un point saillant, sur un de « ces petits cailloux dans la chaussure » qui forcent le pas de côté, pour penser autrement ce qu’il fait, parfois pour remettre de la pensée sur ce qui le sidère. Pour dire autrement les choses, l’analyse de pratique est un travail de perlaboration c’est à dire le « travail psychique qui, dans la cure psychanalytique, permet au sujet d'admettre, dans sa vie psychique consciente, des éléments auparavant refoulés, de se dégager de l'emprise des mécanismes de défense, mais aussi de la compulsion de répétition. » (Dict.de Psychanalyse Larousse)

« Faire écrire » n’est pas une simple affaire : ni contrainte, ni pur lâcher-prise ou laisser aller. Pour mener à bien ce qui, de prime abord, pourrait sonner comme une injonction paradoxale (peut-on « faire » écrire ?), les chercheurs-animateurs devront oser « bricoler » une relation complexe avec les « écrivants », tissée d'inconscient à inconscient, où les mots se feront parfois regard, oreille, cœur à cœur, étrangers à l'intelligence, venus d'un ailleurs inaccessible à la raison, cousus d'absurde, puisant leur sens dans la mystérieuse et inquiétante Inconscience : des mots-musique, souvent. L’écriture de l’autre laissera des traces, nécessairement, et contraindra l’animateur à questionner son propre rapport à l’écriture et à la lecture, à la créativité et à l’accueil du surgissement inattendu, voire dérangeant.

Entre la consigne d’écriture, qui participe à la mise en place d’un cadre contenant, et la possible transgression de la consigne, qui fera que le cadre n’est pas carcan, l’animateur fera pour lui-même l’expérience d’un lâcher-prise, d’une ouverture d’esprit, qui laisseront la place à l’autre, Sujet du désir qui se dit dans l’écriture. Alors, il favorisera le surgissement de la créativité de l’ « écrivant ». Ni en posture de maitre « sachant », ni en place d’enseignant, l’animateur questionnera en permanence sa place et ce qu’il fait là : « pour quoi, pour qui, qui suis-je dans ce que je fais? » Il revisitera en GAPP, aidé en cela par ses camarades de promotion, sa pratique et l’ajustera au mieux au groupe, à l’ « écrivant » mais aussi à l’institution qui l’accueille. Animer un atelier d’écriture suppose une grande plasticité psychique et intellectuelle qui passera par une réorganisation, voire une destitution des savoir, celui qui sait étant celui qui écrit. L’animateur donne l’impulsion, il contient sans tenir dans la contention, il propose une direction puis s’efface devant ce qui s’écrit, devant la vérité du Sujet désirant.

Pour l’animateur stagiaire, rendre compte au groupe d'une expérience de rencontres avec un « écrivant » lors d’un atelier et de la relation transférentielle qui les relie oblige à passer par des raccourcis parfois abrupts, toujours sources de malentendu, dans lesquels le désir, l’émotion, le ressenti et l’accueil de l’autre dans sa singularité...ont souvent bien du mal à se dire. La confidentialité et le respect de la parole déposée en groupe ainsi que l’a-priori bienveillant que chacun aura pour la parole de l’autre, seront aidant. La référence fréquente et multiple à des auteurs, créateurs, artistes nous rappellera que d’autres se sont essayés, bien avant nous, à trouver les mots justes pour dire les maux. Nous nous laisserons accompagner par eux pour braver l'angoisse du silence (« je n’ai rien à dire »), nous nous jouerons du beau et du laid, de la fausse note, de l'échec ou de la réussite, du blâme ou du compliment: dans les tâtonnements respectifs, dans l’errance, se trouve peut-être la source même de la fécondité et de la créativité.

Cet exercice s’apparente au douloureux travail de maïeutique rencontré dans l’écriture! Passer du moi au je, « Je écrit. Je parle quand, se croyant absent de sa parole, il parle enfin pour de vrai. J'y tiens tant à cette différence entre écrire sur soi et s'écrire... » nous dit J.B Pontalis (1). Ici, il s’agira de « se parler » en disant « je ».

C'est dans ce nécessaire et incessant va-et-vient entre la pensée du monde (illustrée ici par la littérature contemporaine), celle des « écrivants » rencontrés en atelier et celle de l’animateur que nous tenterons de donner sens à cette musique-lien, tissu-lien, pour eux et pour l’animateur-stagiaire.

La remise en pensée, par la remise en mots, en donnant accès aux maux, n’est pas sans risque. Elle doit être contenue, portée, symboliquement.

C’est dans cet espace, symbolisé par la marge, que se tient l’animateur d’atelier d’écriture quand la page se remplit. Ecrire n’est pas sans conséquence. Butor, fait référence à un travail en profondeur sur les profondeurs, comparant la mise en écriture à une descente dans la mine. Il est bel et bien question d’un labyrinthe où « l’écrivant » comme l’animateur courent le risque de se perdre et d’errer.

Pourtant il n’y a pas d’égalité entre l’animateur et « l’écrivant ». La confusion des places (à l’image de l’inceste) priverait « l’écrivant » de cet espace nécessaire au jaillissement de sa pensée singulière.

C’est ici qu’intervient l’analyste de pratique : son rôle est de soutenir l’animateur quand il prend sa place de tiers : l’animateur ne peut se tenir que dans la marge, dans ce lieu qui permet la respiration du texte, ce lieu décalé où il laisse trace de sa propre pensée par ses annotations. Celles-ci, sobrement, avec concision, annoncent la différence, l’altérité (ne sont elles pas souvent écrites en couleur ?). Le sujet qui écrit est alors invité à mettre sa création à distance, c’est-à-dire à toujours la remettre en pensée. C’est la marge qui met le texte en valeur, par contraste.

L’analyste, quant à lui, se tient dans une autre marge, lui aussi en position « moins un » (Jean Oury), faisant tiers pour l’animateur et les « écrivants » de son atelier.

L’analyse des pratiques, telle que nous la pensons ici, se réfère à la méthode Conrad Stein. Elle est simple et rigoureuse, adaptée à un groupe de professionnels ou d’étudiants n'ayant choisi ni la psychologie comme sujet d'étude ni de vivre une psychothérapie. Chacun présente, à tour de rôle une situation qui a marqué sa mémoire, un point saillant qui a fait trace. Il expose/s’expose sans être interrompu, les membres du groupe pouvant prendre des notes. Puis, à tour de rôle, chacun réagit, sous forme de question, ou de libre association (« ce que tu as dit me fait penser à.., cela m’a ému, agacé » etc. »). Un dialogue peut alors s’amorcer entre celui qui expose et celui qui interpelle. Ce travail permet l’élaboration en groupe de la scène décrite, chacun reprenant en écho ou en miroir la parole déposée, avant qu'elle ne soit reprise par l’analyste de pratique. Nous comprenons que cette méthode insiste sur l'analyse des interactions entre partenaires dialoguant : animateur /écrivant, mais aussi sur les liens -qui relient… et aliènent- les membres du groupe de stagiaires-animateurs entre eux, et les liens qui se rejouent fantasmatiquement avec l’analyste lui-même. Par le respect de la parole déposée, chaque animateur devrait pouvoir oser « se dire » en ce lieu, comme il osera « s'écrire ». La parole déposée étant ainsi élaborée, la distance sera plus facile à tenir avec les « écrivants » en atelier. La distance se dira aussi dans l'écriture elle-même, par le passage du « je » au « moi », du « s'écrire » à « écrire ».

La méthode Conrad Stein permet de penser à plusieurs sa pratique professionnelle, les outils proposés, ainsi que ses "agir". C’est ainsi que chacun répond de l’autre : d’un mot à l’autre, par ricochets, me voilà responsable de la parole déposée. Voila qui n’est pas anodin ! Chacun se trouve engagé du côté de l’autre mais aussi sur sa scène intérieure. Il est en effet nécessaire de ne pas se perdre en l'autre. Le « soin de soi » (au sens de prendre soin de…), le soin de l’autre, le soin du groupe écrivant en stage, mais aussi du groupe de stagiaires dont il s’agit d’analyser les pratiques, toutes ces interactions sont à mettre en lien par l'analyste de pratique. Trop d'équipes sont dans des souffrances groupales non élaborées qui font l'objet de déplacements psychiques nuisibles.

L’analyse de pratique est nourrie de formation permanente. Elle sera adaptée, ajustée à la demande et au questionnement qui émergeront. La bibliographie sera diffusée au fur et à mesure des besoins. Les apports théoriques seront simples afin d’être réutilisables concrètement par les stagiaires en exercice professionnel.

La présence au GAPP est obligatoire. Il en va de l’éthique de la parole. Participer au GAPP suppose un engagement, une implication exigeants. Le stagiaire parle et il est écouté. Il écoute celui qui parle. Un déséquilibre dans ces fonctions nécessairement réciproques autoriserait le voyeurisme.

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