Le parcours "Arts et scènes d’aujourd’hui" dans un article du Monde

Auteur dramatique, un métier en résonance avec son temps

Les formations spécifiques à l’écriture théâtrale émergent timidement. Inventer le répertoire de demain est l’ambition de ces jeunes auteurs.

Par Agathe Charnet 

« Quand on entend pour la première fois un texte qu’on a écrit dit par un comédien, ça peut être très violent. C’est un test assez implacable et une épreuve d’humilité ! »

Constance de Saint Rémy a 24 ans. Après des études de lettres modernes et de théâtre, la jeune femme vient d’intégrer l’école professionnelle supérieure d’art dramatique de la région Hauts-de-France (Ecole du Nord, à Lille, ex-Epsad) en tant qu’auteure dramatique. Durant trois ans, elle va partager son quotidien avec trois autres élèves auteurs et quatorze élèves comédiens, mêlant ainsi en permanence l’écriture pour le théâtre et les enjeux de son interprétation.


« J’avais peur de la solitude de l’écrivain. » Constance de Saint Rémy, élève

En cette matinée de novembre, Constance de Saint Rémy observe avec attention le travail scénique opéré par ses camarades comédiens sur les nouvelles de l’écrivain japonais Haruki Murakami, que les apprentis auteurs ont transposées, « en à peine un week-end », pour la scène. « J’avais extrêmement peur de la solitude de l’écrivain, confie la jeune femme, qui cite aussi bien Marguerite Duras que l’humoriste Blanche Gardin parmi ses références. Rester proche de l’activité théâtrale est très important pour moi. »


« Un projet pédagogique autour du texte »

Pour Christophe Rauck, directeur de l’Ecole du Nord, créer un cursus consacré à l’écriture dramatique est apparu comme une évidence. « On parle beaucoup ces dernières années du rôle du metteur en scène, mais je souhaitais construire un projet pédagogique centré autour du texte, et donc redonner toute leur place aux auteurs », dit cet ancien comédien d’Ariane Mnouchkine au Théâtre du Soleil.

Lancé en 2015, le cursus forme quatre jeunes écrivains, recrutés sur concours parmi environ 90 candidats. Tout au long de leur scolarité, les étudiants sont invités à produire des œuvres pour le théâtre et sont formés à la dramaturgie, à la stylistique ou à l’exploration en profondeur du répertoire classique et contemporain.

Alors que les masters de création littéraire se multiplient en France ces dernières années, l’idée d’une formation spécifique à l’écriture théâtrale est apparue à l’Ecole nationale supérieure des arts et techniques du théâtre (Ensatt), à Lyon, en 2003. « Ces formations existent partout en Europe et en Amérique latine, mais on a une conception très romantique de l’écriture en France, constate Enzo Cormann, écrivain et pédagogue, qui a participé à l’élaboration du cursus. Il y a cette idée qu’on n’apprend pas à Arthur à devenir Rimbaud ! »


« Approfondir et aiguiser leur singularité »

Douze jeunes écrivains sont donc présents à l’Ensatt parmi les comédiens, costumiers, scénographes ou metteurs en scène, et se voient délivrer un master au bout de trois ans. Lors du concours de recrutement, « nous accueillons des jeunes gens qui écrivent déjà et nous essayons d’accompagner, approfondir et aiguiser leur singularité », raconte Enzo Cormann, qui entend détecter avant tout « un projet artistique », au-delà d’une personnalité.

« La formation m’a vraiment permis de comprendre comment je travaillais et d’apprivoiser mon propre territoire d’écriture, confie Pauline Peyrade, diplômée de l’Ensatt en 2015. C’était un véritable laboratoire d’expérimentation, un lieu de questionnement collectif intense. »


« Le métier est une négociation constante entre gagner sa vie et préserver du temps d’écriture. » Pauline Peyrade, auteure

Cette auteure de 32 ans voit aujourd’hui ses pièces mises en scène, éditées et récompensées par de nombreux prix et bourses. Désormais à la tête de sa propre compagnie, elle se consacre à son activité d’auteure, mais aussi à sa participation à des comités de lecture, à l’enseignement au sein de l’Ecole du Nord et de l’Ensatt et à la réalisation de commandes d’écriture. « Il y a vraiment plusieurs quotidiens pour un auteur de théâtre, souligne-t-elle. C’est une négociation constante entre gagner sa vie et préserver du temps d’écriture. On ne vit jamais que de ça. »


Résonner avec le monde contemporain

Car, une fois leur diplôme en poche, les jeunes artistes sont appelés à construire tant bien que mal leur métier dans le paysage théâtral contemporain. « On ne va pas mentir aux élèves, ce sont par essence des métiers très incertains, qui nécessitent le bricolage de pas mal de choses », rappelle Anyssa Kapelusz, enseignante au sein du master « arts et scènes d’aujourd’hui » de l’université d’Aix-Marseille. Ce cursus accueille chaque année une quinzaine d’étudiants, de toutes générations, désireux de poursuivre et consolider un projet artistique en arts de la scène, incluant l’écriture.


« Les questions politiques sont centrales dans les projets d’écriture des étudiants. » Anyssa Kapelusz, enseignante

Et inventer le répertoire de demain est bel et bien l’ambition de ces jeunes dramaturges, qui se placent ainsi à leur façon dans la lignée de Molière, Marivaux ou Beckett. Quitte à bousculer les codes pour résonner de la façon la plus incisive possible avec le monde contemporain. « Les questions politiques sont centrales dans les projets d’écriture des étudiants, constate Anyssa Kapelusz. Et, ce qui change depuis quelques années, ce n’est pas le constat d’un effondrement, mais le besoin et la nécessité de transformer les choses, de chercher à les réinventer. »

« Je veux écrire sur le monde actuel et ses problèmes ! », s’exclame avec chaleur Constance de Saint Rémy, alors que commence son parcours à l’Ecole du Nord. « J’ai envie de parler des nouveaux modèles d’organisation politique, comme le zadisme, par exemple. Mon idéal serait de tendre vers un théâtre qui nourrisse le spectateur et qui puisse parler à tous. »

Filière concernée:

Composante concernée:


Site Schuman
29, avenue Robert Schuman
13621 Aix-en-Provence Cedex 01

Accueil - Standard : 04.13.55.30.30
PC Sécurité           : 04.42.22.10.20
 
Campus Marseille-Centre
Espace Yves Mathieu
3, place Victor Hugo
13331 Marseille Cedex 03